T’as pas honte, Est-ce que tu imagines ce que tu vas me faire ramer pour t’expliquer ça!
Ce serait tellement plus simple si tu avais brusquement une crise d’amnésie, parce que je sens que tu vas me pourrir la vie avec des comparaisons à la con avec la raie publique française.


Alors, première leçon :
Démocratie n’est pas un gargarisme pour politocards, quoi que tu puisses en penser en écoutant leurs discours.
C’est bien intégré ?

Je devrais commencer par la Grèce, mais il parait que c’était pas le pied, rapport aux métèques qui n’étaient pas concernés par le droit de vote et même que les femmes étaient aussi dans la catégorie métèques.
Bon, pour ces dernières, il faudra en faire une abstraction si on veut parler de démocratie, parce que ça ne va pas remonter très loin si on prend ce paramètre en considération… Alors on fait comme si en considérant que l’homme est seul maître à bord après Dieu…. Et sa femme.
Et n'oubliez pas que si, en 45, de Gaulle a voulu le vote des femmes, c'est qu'il les pensait dépendantes de la curaille et que son parti de merde aurait ainsi plus de voix pour contrer les cocos.....
Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, le paradis est jardiné d'embrouilles machiavéliques...

L’histoire de la plus vieille et finalement la seule démocratie moderne commence  dans des contrées inhospitalières des Alpes, au nord du massif du Gothard. Un truc du genre Monts des Carpates, mais en plus haut et sans Dracula.
Charlemagne bouffait les pissenlits par la racine depuis 4 siècles. Une grosse partie de l’Europe était sous la botte des Habsbourg, Présidents autoproclamés du Saint-empire-romain-germanique (déjà à l’époque le curé était mieux coté à l’argus que le péquenot moyen), lorsque 3 croquants…. fiers montagnards décidèrent qu’ils en avaient marre de payer des impôts à un seigneur qui n’était même pas foutu de venir les voir et de taper le carton avec eux.
Donc nos 3 gaillards   Arnold le mec pâle , Wa-te-faire-foutre et Werner Chauffard (historiquement connu sous leurs pseudos: Arnold de Melchtal, Walter Fürst et Werner Stauffarer ) décidèrent que trop c’est trop et que les baillis méritaient juste un pied au cul pour les téléporter sur Vienne. Ils décidèrent, ce 1er août 1291, que si un se trouve dans la merde, les autres viendraient à son secours. Tu vas rire, mais ce traité d’assistance a eu plus de chance que le franco-polonais d’avant 36…
Par contre, Rodolphe de Hab’ a très mal supporté le serment du Grütli, puisqu’il est mort peu après (mais rien ne prouve que ce soit un dégât collatéral).
Ils ont aussi décidé que y avait marre d’avoir des chefs et qu’ils n’allaient pas remplacer les baillis par des petits dictateurs locaux. Que d’or et d’argent (merci Béru) ils allaient demander leur avis aux cochons de payeurs… aux habitants concernés.
Donc voilà nos trois lascars embringués dans une rébellion « vite » mâtée par le clampin qui a remplacé Rodolphe. Heu oui, mâtée, c’est du moins ce qu’il espérait parce que la réalité est parfois rude à avaler, et pour ce qui est de vite, je te laisse juge…. Pour te donner une vague idée de la situation des gus : Tu imagines une rébellion dans la République d’Andore, et que voulant la mâter, la France se ramasse 3 pliées de suite.
C’est ce qu’ont vécu les Habsbourg avec Morgarten en 1315, Sempach en 1386 et Näfels en 1388. Après cette dernière bataille les Autrichiens jetèrent l’éponge avant d’admettre qu’il y a un accroc indélébile à leur territoire.

Dans la foulée de cette rébellion, ils ont aboli le servage, déclarant tous les hommes libres et égaux. Tu vois que tes révolutionnaires français n’ont rien inventé…
1291, première abolition de l’esclavage dans le monde. Ca terni la moindre l’éclat des révolutions des 18 et 19e siècle…
D'accord, il y a eu des marchands d'esclaves suisses, mais ils opéraient depuis la France et personne ne te parle de la moralité des Suisses, Tu veux que je te dessine une démocratie, pas une moralité...

Mais que ce passe-t-il donc dans cet embryon de Suisse. Avec un grand nombre d’illettrés, tu n’as pas de bulletins de vote possibles, d’autant moins que Gutenberg, ce faignant, va encore procrastiner 150 ans avant d’inventer l’imprimerie. Donc le plus simple est de convoquer tout le monde sur la place du village pour une Landsgeimende.
Comment ça marche ?
Tu as tout le monde sur la place, avec l’épée à la ceinture pour bien montrer que tu es un homme libre (oui, je sais, les femmes, c’est bien plus tard…) On t’explique la chose à voter, ceux qui le veulent s’expriment, on remanie le texte si nécessaire et ceux qui sont pour lèvent la main droite. On compte les mains et le tour est joué. C’est le peuple qui a décidé. Les lobbyistes n’ayant pas le droit de porter l’épée, ils ne pouvaient pas entrer sur la place pour aller tenir la main des votants… Ils se sont bien rattrapés depuis avec les dépités…

 Ca marchait bien parce que les cantons étaient peu peuplés (cette coutume est encore utilisée dans un ou deux petits cantons).  
C’est de cette organisation qu’est née l’idée de la démocratie directe.
Mais comme je vais aborder un concept totalement abstrait pour un Français pure souche, je te laisse le temps de la réflexion pour ingurgiter ce qui précède…..
Blutch