Je suis tombé sur un site pour le moins ambigu.
Le bonhomme se présente comme écolo et polytechnicien bardé de diplômes et d’honneurs.
Il y fait un comparatif entre le coût des énergies renouvelables et le nucléaire. Ça pourrait être intéressant si cette étude n’était pas volontairement lacunaire et orientée au profit du nucléaire.
Je vous laisse juge de l’étude et des critiques que j’en fais.
En spécifiant que je ne suis pas un idéaliste allumé et que toutes les solutions avancées sont techniquement et financièrement viables.

Alors, le site de ce « conseiller scientifique » de la Fondation Nicolas Hulot, dont le nom ne figure pas dans l’organigramme de la Fondation :

https://jancovici.com/…/100-renouvelable-pour-pas-plus-ch…/…

Lettre ouverte à Monsieur Jean-Marc Jancovici

Monsieur,
Vous avez la théorie ayant fait Polytechnique, j’ai la théorie appliquée et la pratique en étant concepteur de machines électromécaniques et de sérieuses notions d’écologie énergétique avec la géobiologie.
Vous annoncez être membre du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot, or votre nom ne figure pas dans l’organigramme de cette Fondation.

Vous avez raison de dire que votre comparatif de coût entre le nucléaire et les énergies renouvelables est une élucubration.
Vous avez fait un gros effort argumentaire, mais le seul problème est qu’étant lacunaire, il est foncièrement malhonnête.

1° Votre comparatif ne prend en compte que le photovoltaïque et l'éolien, alors qu'il y a moult autres façons de faire proprement de l’électricité :

- La géothermie de grande profondeur dont le rendement permet d'assurer l'alimentation en électricité ET en chauffage à 6'000 habitants par km2 de captage. Or la densité moyenne de population en France est d'environ 120H/km2. La quasi-totalité de la France est éligible à cette technologie.
Facteur de marche possible : 100%. Les révisions pouvant se faire par alternance de pompes.

- Il y a les hydroliennes dans les courants marins et le débit des fleuves. Production constante tant que les courants marins et les fleuves existent.
Rien que pour la Bretagne, le potentiel est de l'ordre de la production de 6 réacteurs nucléaires, pour moins cher qu’un EPR.

- Il y a les capteurs de houle. Pour un pays qui a 6'000 km de côtes, ça me semble plus qu’intéressant comme production permanente d’énergie.

- Il y a le solaire à concentration. Le soleil chauffe de l'eau, la vapeur fait tourner une turbine, exactement comme toutes les centrales thermiques, sauf que le soleil est le seul carburant à ne pas polluer… et en plus, il est gratuit.
L'électricité ne se stocke pas, la chaleur oui. En Espagne, ils ont une centrale de ce type, avec réserve de chaleur, qui produit de l'électricité encore 7 heures après le coucher du soleil (7 heures car le calcul est fait ainsi mais il est aussi possible de "faire le joint nocturne". Le thermosolaire a un rendement de l'ordre de 75-85 %, durant l’ensoleillement.

- La biomasse et la dé-méthanisation des fumiers, des lisiers et des boues de stations d’épuration.
Outre le fait de produire de l’énergie, ces techniques ont l’avantage de neutraliser le méthane, 24 fois plus toxique pour la couche d’ozone que le CO2.

- Le Projet DESERTEC prévoit, entre autre, de faire des centrales solaires thermiques au Sud de la Méditerranée. Le transport de l’électricité sur longue distance est techniquement résolu avec des pertes de l'ordre de 10% pour 2000 km.
Premier avantage : Une énergie gratuite.
2e Avantage : du travail dans une région qui en manque.
3e Avantage : La chaleur résiduelle (au sortir de la turbine) peut servir à dessaler l'eau de mer, alors que c'est une région qui manque d'eau.
4e Avantage : Cette eau permet de cultiver des régions actuellement stériles.
5e Avantage : les populations autochtones ne sont plus dans l'obligation d'émigrer.
Et qu'on ne me dise pas qu'il est dangereux de devoir dépendre du Maghreb pour notre énergie...

De par vos formations, vous ne pouvez ignorer tous ces modes de productions exploitables à un niveau industriel. Vous les écartez tous car EDF ne veut pas en entendre parler.

2° Il y a une absurdité complète dans votre raisonnement concernant le transport de l'énergie.
Actuellement, le réseau est capable de transporter toute l'énergie que l'on consomme, et il n’aura jamais à transporter davantage d’électricité que ce qui est consommé.
C’est techniquement inconcevable. C’est la consommation qui crée le transport, pas l’inverse.
Et pourquoi voudriez-vous en transporter plus… ? C’est absurde comme argument ?

- Si les éoliennes produisent trop, on les neutralise en orientant les pales dans le lit du vent. C'est d'ailleurs ce qui se fait lorsque le vent est trop fort.
- Pour le photovoltaïque, lorsqu'on ne consomme pas l'énergie produite, elle se perd et basta.
- Pour le thermosolaire à concentration, si l'électricité produite n'est pas utile, elle peut être utilisée pour fabriquer de l'hydrogène par électrolyse de l'eau et alimenter des véhicules devenus propres.
- Une centrale de géothermie peut être arrêtée sans problèmes.

Tout au contraire, en diversifiant et en multipliant le nombre de sites de production, il y aura moins d'électricité à transporter sur de grandes distances.

Le seul souci qu’il peut y avoir réside dans le fait qu’EDF ne VEUT pas réduire sa production globale en nucléaire et pour la maintenir, elle recourt à des exportations de plus en plus importantes. Il est clair que dans ce cas, il peut y avoir un problème de capacité du réseau RTE, mais il serait de l’unique fait d’EDF et sa volonté de ne pas réduire sa production nucléaire.
Il est donc malhonnête de mettre ce surplus sur le compte du renouvelable.
Cette électricité exportée ne fait pas partie des statistiques de consommation française et permet à EDF (et au gouvernement) d’annoncer une baisse de la part nucléaire en France. Or le danger d’accident est lié à la production nucléaire, pas à sa consommation en France.

Exemple :
Il y a beaucoup d'éoliennes en Aveyron et un important complexe hydroélectrique, mais il n'y a pas un kWh renouvelable qui sorte du département. Par contre, il y entre beaucoup moins de nucléaire. Donc allègement de la charge pour le réseau RTE en THT.

De toutes façons, l'avenir sera de rendre les maisons autonomes en énergie, EDF ne servant plus que de répartiteur (le trop d'ici compensant le pas assez de là-bas).

3° Lorsque l'on sait dans quel état sont les centrales nucléaires françaises après 30-35 ans de service, il serait suicidaire de vouloir les faire durer 80 ans.
Vous présentez le nucléaire comme « écologique » car produisant peu de gaz à effet de serre, or 70% de l’énergie introduite dans un réacteur nucléaire en ressort sous forme de chaleur inexploitable et contribue à modifier l’équilibre climatique par réchauffement des cours d’eau.

4° Vous donnez un coût de démantèlement des centrales qui ne repose sur rien.
Actuellement, il n'y a personne au Monde qui sache comment démanteler un réacteur. Le coût de recyclage des matériaux sera exorbitant (pour EDF ou pour la nature (et probablement pour les deux...)).
Les sarcophages de Tchernobyl ont coûtés plus cher que la construction d’un EPR, et ce n’est pas terminé, puisque le tout dernier fuit déjà…

Exemples :
- La centrale de Brennilis en Bretagne est en cours de démantèlement depuis 1985. EDF a avoué ne pas savoir comment neutraliser le réacteur et voudrait le laisser en l'état durant 2 siècles, afin que la radioactivité baisse… avant de réétudier le problème.
- Le surgénérateur SuperPhénix a été stoppé en 1997, après des années de tentatives de le faire fonctionner. Actuellement, EDF en est toujours aux travaux préliminaires du démantèlement. Le sodium utilisé pour le refroidissement du réacteur n'est toujours pas descendu à une température qui permettrait de le stocker.
Donc le démantèlement d'une centrale sera très probablement beaucoup, beaucoup plus cher que sa construction.
Sans parler du coût de la gestion des déchets, actuellement payé par l’impôt.

5° Dans votre scénario, vous avez prudemment évité d’évoquer les accidents technologiques.
Il y a 437 réacteurs civils en fonction dans le monde. 7 ont été détruits totalement :
- A Lucens (en Suisse) la cuve du réacteur à eau lourde s’est fissurée. L’exploitant a dû murer la caverne dans laquelle le réacteur a été construit.
- Tree Mail Island (cœur fondu mais la cuve a résisté, ce qui est un miracle au vu de la population environnante).
- Tchernobyl cuve explosée.
- 4 réacteurs à Fukushima, cuves explosées et fondues.
Avec un potentiel de destruction de 7/444 ça représente un risque de 1,58% de catastrophe majeur.
Il est dès lors plus qu’hasardeux de ne pas inclure ce risque dans vos tabelles. Il y a 20 ans, la Suisse avait calculé le coût d’un accident nucléaire de classe 7 : 4'000 milliards de Sfr.
Le coût d'un accident nucléaire est si démesuré qu'il a été convenu dans tous les pays que les victimes NE SERAIENT PAS indemnisées.
. A Fukushima, la zone inhabitable est à ce jour de 8'000 km2 (soit l'équivalent de la Saône et Loire ou l'Aveyron). Mais ils ont déjà dû l'augmenter 3 fois ce qui fait qu'en finalité, on peut tabler sur une superficie 3 ou 4 fois plus grande.

Comment ne pas prendre en compte un risque à 1,58% de (inflation oblige) plus de 4000 milliards de dégâts et la stérilisation d’un département pour des siècles.

- Une éolienne qui se renverse, c'est 2 millions de foutus et près de 100% de déchets recyclés, tous inoffensifs.
La durée de vie d’une éolienne est donnée à 30 ans, mais ce sera comme pour les centrales nucléaires, on les donne pour 30 ans et on les gardera 60…
- La matière première du photovoltaïque, c'est la silice. Or, outre le fait que les cellules sont recyclables, la silice est le matériau le plus abondant sur Terre.
La durée de vie que vous attribuez au photovoltaïque est fausse. 25 ans, c’est leur durée de vie garantie à plus de 80% du rendement initial.

Excepté pour les barrages de retenue d’eau, il n’y a pas de risques majeurs avec les énergies renouvelables.

Bref, vous vous dites écolo, et vous vous faites le porte-paroles d’EDF, cette EDF qui doit coute que coute (pour les autres) continuer avec le nucléaire car:
1° Ils ne savent pas démonter un réacteur.
2° EDF a 35 milliards de dettes, ce n'est pas avec ça qu'elle va pouvoir financer la transition énergétique et nous débarrasser de ses centrales pourries.

Bon, ceci dit, il faut tout de même dire que les énergies renouvelables ont un défaut majeur qui, pour le gouvernement, peut paraître rédhibitoire:
Ca ne produit ni Plutonium, ni Thorium, or ces deux matériaux sont indispensables pour l'arme nucléaire... Cette arme nucléaire que seul un fou oserait utiliser…

Voilà dans les grandes lignes ce que je pense de votre plaidoyer pour le nucléaire. Etant déjà à 1'800 mots, je ne vais pas allonger davantage.
En espérant vous voir compléter et corriger cette étude lacunaire, veuillez encore recevoir, Monsieur Jancovici, mes salutations écologiques et techniquement informées.
Emile Blutch (de mon nom de plume)

PS : Et n’oubliez pas d’y inclure le coût d’un accident nucléaire en France, qualifié de « probable à long terme » par un directeur technique d’EDF.