Nous en étions restés en 1291 et à ces trois cantons (Uri, Schwyz  et Unterwald) qui formèrent la Suisse primitive autour du lac des quatre cantons.

Bien justement, le 4e ne va pas tarder à rappliquer. En 1332, Luzern (qui n’a rien à voir avec l’herbe à vache) se radine : « Salut les potes, il parait qu’on s’éclate un max par chez vous, que le bailli Gessler s’est fait la malle à cause de Guillaume Tell et que même c’est mon héros préféré…. On peut entrer ? »
Le physionomiste a du lui trouver une bonne tête car ce fut le premier lac entièrement suisse.
Tu sais ce que c’est, plus il y a de monde, plus on rit, et plus ça attire des nouveaux.
Avant même que les Habsbourg reconnaisse la supériorité des Waldstättens sur ce qui deviendra bien plus tard la race ariano-autrichienne, Ils se retrouvent à 8 à taper sur tout ce qui bouge autour d’eux et faire ripaille avec l’argent de la dîme aux Habsbourg qu’ils ne paient plus…
Les soldats suisses étaient si réputés (et les débouchés économiques en Suisse si minces) qu’il y avait des mercenaires suisses dans toutes les armées. Dans le même temps, la Suisse guerroyait pour son compte en Italie du nord, avec de jolis succès.

Puis ce fut le clash, énorme, gigantesque :

Marignan…
François 1er, alliés aux Vénitiens, envoie ses mercenaires suisses combattre les armées du même bois.
Marignan ne fut pas la victoire de François 1er, mais la défaite de la Suisse contre des Suisses. Bref, une guerre fratricide et pas de quoi en faire un fromage dans les manuels d'histoire français.


Ces digressions historiques étant là pour expliquer que tant et aussi longtemps que les cantons suisses restaient de petites unités, on pouvait continuer d’aller sur la place pour voter, le bras droit levé et la main gauche sur le pommeau de l’épée. Comme ce ne fut plus le cas, il fallut de nouvelles solutions.
Des petits malins décidèrent qu’on pourrait élire un représentant pour tout un groupe de votants. Mais méfiants, les citoyens ont rétorqué que "C’est bien beau c’t’histoire, mais comment je fais si tu ne votes pas comme je veux ? Je prends mon épée et je te coupe en deux ?" ( Je te rappelle qu’on en était resté aux fiers soldats invincibles (sauf par eux-mêmes)).
Déjà à l’époque la Suisse était un pays de compromis (que ne ferait-on pour sauver son intégrité corporelle). Il fut donc décidé que si une loi ne convenait pas à la population, celle-ci pourrait s’y opposer dans une votation populaire.

Ainsi est né le référendum.

Oui, parce qu’en Suisse, « référendum » ça ne veut pas dire « plébiscite ».

Ce n’est pas non-plus le gouvernement qui décide qu’il y aura un référendum, car ça n’a aucun sens et aucun effet réel sur la vie politique.
Le sort final du référendum sur le traité européen est une gifle cinglante pour le mot démocratie et une insulte faite au peuple.
Ben tu vois, l’ex-fier-guerrier-suisse n’admettrait jamais qu’un politocard se foute pareillement de sa gueule. Et il ne le pourrait pas.

La naissance particulière de cette nation fait que son organisation politique est inverse à la France. En Suisse, l’unité politique est
la Commune.
Par soucis d’efficacité et de cohérence, elle délègue une partie de son pouvoir aux cantons, qui eux, en délèguent aussi une partie à la Confédération pour les mêmes raisons.

Si tu prends l’école :
Elle est communale jusqu’au bout du pupitre. C’est la commune qui paie ses instituteurs (elle reçoit des subsides du canton pour ça). Par soucis de cohérence, elle a délégué à son canton l’organisation des programmes scolaires, mais c’est la commission scolaire communale qui décide encore des dates des vacances. Actuellement une pure formalité, puisqu’elles sont coordonnées sur le plan cantonal.
Deux enfants d’une même famille pouvaient avoir des dates de vacances différentes au prétexte que le grand n’est plus en primaire…. (La coordination date de la 2e moitié du XXe S.). Les programmes scolaires sont toujours cantonaux, même s’ils tentent de les harmoniser. Organisée ainsi, l’école publique n’est pas en enjeu politique et j’en connais beaucoup qui aimeraient bien voir ça en France…..

- La commission scolaire, c’est quoi ça ?

- Bonne question, merci de l’avoir posée comme disait l’autre.
La commission scolaire primaire (par exemple) gère la ou les écoles des 5 premiers degrés. Elle est élue par le législatif communal et elle est formée d’adultes quelles que soient leurs nationalités. C’est elle qui gère l’école et qui engage les instits.
Voila pourquoi, en Suisse, l’école ne peut pas être l’otage de la politique. Même le maire ne peut aller à l’encontre de la commission scolaire…

L’élaboration d’une loi est chose complexe en Suisse et fera l’objet d’un prochain billet. Peut-être faut-il commencer par la représentativité des élus….

Dans ses péchés de jeunesse, la Suisse est aussi passée par le scrutin majoritaire. Puis, progressivement, ses citoyens ont pris conscience qu’il y avait un os. Un problème mathématique.

Faut dire que les Suisses savent compter…:-).
Quelle est la légitimité d’un élu au scrutin majoritaire dans un pays qui a 20% de population étrangère, dont seuls les hommes adultes (env. 35% de la population) votent avec une abstention de 50% et que le mieux placé des élus n’obtient que 40 % des voix ?
C'est un calcul de CM1 ou 2 qui semble hors de portée d'un député français, car le résultat devrait, en toute bonne logique démocratique, lui faire peur:
100 x 0,8 x 0,35 x 0,5 x 0,4 = 5,6%
Avec le vote de femmes, un peu moins de 12%.

Comment faire pour augmenter cette représentativité ?
1° le vote des étrangers. Ce droit est acquis dans pas mal de cantons et de communes, mais il dépend de scrutins locaux, donc aussi  du taux d’arriération des populations indigènes.
2° Le vote des femmes, acquis tardivement par des votations populaires faites dans la douleur, car l’ex-fier-guerrier helvète est assez long à la détente….
3° Certains cantons avaient introduits le vote obligatoire. Largement abandonné depuis, puisque la perception des amendes coûtait plus cher que les recettes. (Ben oui, je t’ai dit que les Suisses savent compter…)
4° Avec le scrutin à la proportionnelle intégrale.
Un parti qui obtient 30% des votes exprimés obtient 30% des sièges, point à la ligne. Hormis dans quelques cantons ultraconservateurs, aucun parti ne peut gouverner seul.

Par soucis de ne pas déconnecter les politiciens de la vie civile, aucun élu d’un quelconque législatif ne peut être professionnel. Que ce soit pour les communes, les cantons ou la confédération. Seuls les exécutifs peuvent être des professionnels.
Ce qui nous amènera à étudier la culture du compromis avec l’élaboration d’une loi.
A suivre.
Blutch.